Je ne sais pas vous … mais moi, lorsque je feuillette un journal, la première page sur laquelle je me jette, c‘est celle des annonces de décès. La rubrique nécrologique. Je suis accro, c’est maladif. Non, je ne tiens pas à présenter mes condoléances à la famille ou aux amis des défunts. Non, je n’espère pas non plus identifier une personne connue dans ces colonnes morbides. Surtout pas.
Je traque les moindres détails pouvant m’éclairer sur la personne décédée, analysant l’âge, la cause et le sexe des morts. Je me livre à de savantes statistiques. Par exemple, si je repère une affluence de quadragénaires ayant passé l’arme à gauche, je ne peux m’empêcher de penser que, peut être, on a évité de justesse une épidémie foudroyante et particulièrement virulente sur les personnes de ma génération. De quoi avoir les jetons, non ?
Je vous avoue que toutes les annonces nécrologiques ne produisent pas le même effet sur moi. Lorsque je lis … »Madame XX a rejoint son époux décédé en 2000 et s’en est allée dans sa quatre-vingts neuvième année », je suis soulagée pour elle et je pense : sa vie fut bien remplie, elle n’a pas souffert et puis c’est l’ordre naturel des choses ... Surtout, en égoïste hypoc’, je me dis « après tout, on ne meurt pas de décrépitude à 48 ans, non ? ». Voilà, je ne me projette pas.
En revanche, si je vois «la famille XX, son mari, ses enfants, ses amis … ont l’immense douleur de vous annoncer la mort de YY emportée à 45 ans des suites d’une longue maladie », j’ai un coup au coeur. Je me sens concernée. J'échaffaude tout un scénario et j'entrevois l’entourage de cette pauvre femme, en larmes, courbée sous le poids du chagrin. Surtout, je gamberge : »Bon sang, cela pourrait être moi. Une longue maladie, voyons voir, encore cette saleté de crabe, je parie ! Longue maladie mais longue comment … enfin, combien d’années à souffrir ? Et puis, c’était quoi comme cancer ? Parce qu’à 45 ans, qu’est-ce qu’on peut se choper comme tumeur ? Il a dû se généraliser son cancer, pour en mourir comme ça. Et si cela m'arrivait ? Etc etc ». Et je panique parce que là, oui, je me projette.
Je vais même plus loin : si jamais, je mourrai (Vade Retro !) quelle formule mes proches choisiraient de diffuser pour annoncer ma disparition : Vengeresse « Emportée par un accès de rage soudain, du à son fort caractère» ? ; humoristique « Terrassée par une vraie crise cardiaque .. depuis le temps qu'elle en parlait» ? théâtrale « Vaincue par les virus et les microbes, ses ennemis de toujours à qui elle livrait une lutte sans merci» ? Allez, ma préférée, si je pouvais choisir : « morte de rire … à 90 ans ! »
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