Ce qui est agaçant quand on est hypocondriaque -en dehors de fait qu’on est hypocondriaque- c’est qu’à force de crier au loup, plus personne ne nous entend.
Par exemple, quand je dis à ma mère “je suis fatiguée, mais alors fatiguée, si tu savais” sous-entendu, “tu ne penses pas que j’ai un truc très grave qui bouffe mes globules et qui expliquerait cette immense asthénie, comme disent les médecins pour parler de la fatigue” ? et qu’elle éclate de rire, genre “ce que tu peux être drôle ma chérie”, ... c’est vexant. Et d’autant plus agaçant que lorsque c’est mon frère qui a un pied de travers -et lui aussi, il les cumule en ce moment, la vache !- là, ma mère prend un air grave et se répand en conseils et préconisations médicales en tout genre.
Aussi : quand je parle de mes cernes noires (non, pas de mes poches !) à mon mari et de ma mine de papier mâché et de mon teint pâlichon, qui doivent entre parenthèses, cacher une maladie rare et foudroyante, et qu’il me répond par des banalités météoresques : “tu as vu les belles roses ?” “ou “quel temps magnifique aujourd’hui”, j’ai envie de hurler. Et de lui rétorquer : une rose fanée, oui !
Toujours : quand j’annonce à mon médecin “je viens vous voir car j’ai mal partout, du bulbe des cheveux aux ongles de mes orteils, je suis super inquiète, c’est grave docteur ?” et qu’il hoche la tête dans tous les sens en faisant "mmm, mmmm" ... pour finir par me conseiller de prendre des vacances ou de manger davantage de fruits ou de tester le yoga-ça-détend, j’ai envie de lui tordre le cou. Et de lui suggérer : “c’est tout ? On ne fait pas une ‘tite analyse pour vérifier l’état de mon organisme ?
Oui, ce qui est vraiment super flippant quand on est hypocondriaque, c’est qu’on se dit que si jamais, cette fois était la bonne, on pourrait crever la bouche ouverte sans que personne ne s’en émeuve voire ne s'en inquiète.
Au secouuuurs !
( c'est la couverture du Garçon qui criait au loup de Tony Ross, Gallimard Jeunesse)
Les « hypos » me comprendront, nous vivons dans la crainte d’être atteint d'une maladie grave, persuadé d'avoir « quelque chose » que les médecins n’ont pas découvert : c’est vrai ! Mais s’il faut crier au loup pour éviter le pire alors nous voulons tous être le chef de meute. Bon d’accord cela fait du bruit mais quand même ça rassure ! Alors vous avez raison de le prendre avec humour, continuez à crier « Au LOOOUUUP » …
Rédigé par : Victoire Ronal | 16/11/2009 à 21:32
et bien moi, à chaque "mmm, mmm" d'un médecin ... je change !
encore un article bien vu ! et au fait, bravo pour votre "plume" lègère !
Rédigé par : Claire | 17/11/2009 à 16:42