Aujourd'hui, j'ai aperçu une jeune femme enceinte dans la rue. Un joli brin de fille, avec un gros ventre qu'elle arborait de façon charmante, fière de son état.
Après plusieurs années et trois merveilleux enfants, quand j'y pense, je me dis que c'est tout le contraire de moi.
D’abord, je me souviens de la grossesse, surtout à la fin, comme d'un calvaire ! Le corps qui s’épaissit, les seins qui s’alourdissent, l’acné qui fait son come back. Et les doigts boudinés, le souffle court, les cheveux secs comme mon paillasson ... Bref, enceinte, je me sentais baleine.
Mais le pire c’est l‘accouchement. Surtout, la douleur qui monte, qui monte. Dans le ventre et dans le dos. Aïe, je n’ai jamais supporté d’avoir mal. Cela me rend hystérique et me fait dire n‘importe quoi. Une fois, j'ai supplié : « Qu’on m’achève ! » Bon, bon, d’accord c’était une (mauvaise) blague.
Une fois la péridurale posée, mais non sans l'angoisse de me retrouver paralysée, voire handicapée sévère, je me sentais mieux côté douleur. Le (vrai) travail de l’accouchement pouvait enfin débuter. Je passe sur l’image de la future mère en position d’accoucher, les jambes écartées dans les étriers, les fesses nues sous la blouse verte, le cheveu hirsute, le teint blafard et l’oeil moite. Mieux vaut ne pas y penser.
Et, en principe, c’est là que ma tension se mettait aux montagnes russes. En haut, en bas. Puis en bas et point. Un coup à crever sur place. Dans ces moments, je deviens jaune comme Pollux (gloups, le teint des peaux mates qui ont la frousse !), surtout, j’ai la tête qui tourne, les dents qui se prennent pour des castagnettes et les jambes en guimauve. A ce moment-là, je prie tous les Dieux de la Terre, je jure sur la Bible, la Thorah ou le Coran, peu m'importe, que, désormais, je serais gentille avec tout le monde, si je m'en sors pas trop cabossée et avec un bébé normal. Surtout, j’implore le ciel et ses sbires de ne pas laisser mes enfants orphelins car leur père a beau les aimer très fort, il ne saurait pas, j’en suis sûre, les soigner correctement.
Evidemment, les trois fois, je me suis vue morte. C’est vrai, quoi, n’ entend –on pas encore aujourd’hui des histoires de pauvres mères mortes en couches, comme au Temps des croisades ? Les trois fois donc, j'ai fait mes adieux à mes proches. Mais, heureusement, les trois fois, ma tension a fini par se stabiliser. Le vrai boulot pouvait commencer, accoucher. Or, rien n’est simple dans un accouchement. Il faut souffler mais pas trop, pousser, puis arrêter de pousser ; respirer mais pas tout le temps. De quoi perdre les pédales. Se mélanger les pinceaux et, pire, se faire péter une veine dans la tête !
Moi, je tire mon chapeau à toutes celles qui prennent 9 petits kilos à peine durant leur grossesse et que dans le ventre encore !, accouchent les doigts dans le nez, en quelques heures et sortent de la maternité avec une forme du tonnerre et un ventre plat de limande. Non, moi, je suis une sous-douée de l’accouchement et j’assume.
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