Il y a un truc chez moi qui ne tourne pas rond : j’ai le vertige. Passe dans la vie de tous les jours à Paris, quoique les ponts, je préfère les éviter quand je suis à pieds !, mais dès qu’on décide de visiter un endroit qui ne soit pas plat, l’enfer commence. Pour moi et pour les autres. Au Maroc, il y a plusieurs années, nous nous étions retrouvés en voiture sur une route de montagne, abandonnée on ne l’a que appris plus tard, sauf par les camions, qui l’empruntaient à toute vitesse alors qu’il était en principe impossible de doubler. Mais impossible n’est pas inscrit au Code de la Route Marocain ! « Le salaire de la peur » en direct. Et moi, accroupie sur le sol de la voiture hurlant comme une cinglée « mannnnnman, au secours ! » tout en suppliant mon mari de me laisser sur le bord de la route. Ce qu’il n’a pas osé faire mais y a fortement pensé vu que je lui ai explosé les tympans ce jour-là.
Plus tard, ce sont les routes du Vercors qui m’ont rendue malade. Au point que la propriétaire du gîte où nous étions hébergés, m’avait glissé, sur un ton mi-reproche mi-sermon le jour de notre départ (avancé pour cause de malaise) :« dommage madame mais je crois que vous n’avez pas apprécié notre belle région à sa juste valeur ». Quelle femme perspicace, qui avait noté mon insensibilité aux beautés naturelles de la montagne, ses précipices, ses ravins et ses canyons !
Une autre fois, je me suis carrément ridiculisée. J’avais emmené toute ma marmaille –enfants et neveux- dans un zoo. Tout allait bien jusqu’au moment où nous nous sommes retrouvés sur un pont de singe. Au début, j’ai pris sur moi mais, très vite, je n’ai plus pu avancer sur ce chemin-macramé branlant et suspendu au-dessus du sol. J’ai du m’accroupir par terre, le nez contre le sol, au beau milieu des autres visiteurs. Je ne pouvais plus faire un pas mais je ne voulais pas laisser non plus mes enfants seuls. Lorsqu’on a le vertige, on ne supporte pas de voir les autres se pencher dans le vide car on les imagine aussitôt à six pieds sous terre. J’ai donc imploré un Monsieur dans la foule : "Je vous en supplie sauvez mes enfants !" ...pendant que je redescendais sur les fesses, incapable de me soulever de plus de 10 centimètres ! J’ai essuyé les gros yeux de ma fille et même cette remarque pincée « non mais vraiment maman».
Enfin, la dernière fois que j’ai souffert du vertige, c’était dans une grotte en Ardèche. Quelle idée d’avoir accepté cette visite dans les entrailles de la terre ! Parce qu'en plus du vertige, je suis claustro. Plus nous descendions, plus je sentais mes tempes se serrer et mon pouls s’accélérer. Les parois de la grotte me semblaient de plus en plus étroites, la lumière blafarde et l’oxygène de plus en plus rare. C’est simple, je suffoquais. C’est la vue d’un petit escalier surplombant un précipice –qu’il fallait bien sur emprunter pour descendre encore plus profond- qui m’a décidé : j’ai pris mes jambes à mon cou et j’ai cavalé en sens inverse pour remonter vers la sortie. Après ce qui m’a semblé être une éternité, je me suis enfin retrouvée à l’air libre, saine et sauve mais agonisante et par terre. Encore ! Et là j’ai juré : on ne m’y reprendra jamais. Tant pis si les paysages sont plus beaux vus de haut, je ne me forcerai plus à faire des choses contre-nature...contre ma petite nature !
c'est pas grave on t'aime qd même! et puis moi aussi, rien que les escalators du métro ou l'esplanade de la bnf me font frémir!
Rédigé par : tiphaine | 21/02/2010 à 23:40